Prestige...pétrole.... histoire d'un "ratage".

 

 

 

 

 

 

 

      Encore !! du pétrole, des plages souillées de la Galice au Cotentin, des pécheurs ,des riverains pleurent .Déjà vu il y a peu, longtemps aussi .Pourquoi ?.

 

Les pourquoi  résonnent, « plus jamais ça » fuse encore, les déclarations des politiques se succèdent, leurs survols et visites aussi ,même si cela gêne les « ramasseurs », communication oblige.

Tout avait commencé au mois d’Octobre .Moi « vieux pétrolier » j’étais au chargement à Tallin(Estonie) 78 000 tonnes de brut n° 2 appelé par certains déchet . Le second capitaine lors d’une ronde sur le pont à remarqué des chancres de rouille au niveau de la citerne n6 à tribord .Le livre de bord fait mention des observations faites sur le pont ,mais les opérations commerciales étant achevées, l’appareillage n’attends pas. Pilote à bord  les manœuvres  et la sortie du port terminées ils quitte la passerelle, six étages sans ascenseur ,se dirige vers la coupée précédé par un lieutenant , il n’a pas la possibilité d’observer le pont ,la nuit est noire, le temps bouché sous les rafales de neige .La pilotine est contre la coque « thank-you bye » et c’est terminé ; je vogue vers mon tragique destin.

             La descente de la baltique se déroule sans problèmes, et, à l’entrée de la mer du Nord un vent de  quarante nœuds NW nous accueille .Une fois dans le rail descendant devant Calais nous ballastons pour rétablir l’assiette et le voyage continue vers Gibraltar, et Brindisi notre destination finale. Tout cela à faible allure, pour me soulager, la mer est forte. Devant Cherbourg nous apercevons l’Abeille Languedoc qui capeye le long du rail, ils ne sont pas à la fête non plus.

             A l’entrée du golfe de Gascogne le vent forcit  et passe à cinquante nœuds soixante sous les rafales toujours au NW  ce qui me fait souffrir , les vagues et déferlantes par le travers .Une fois encore le golfe est fidèle à sa réputation : Dantesque. Un nouveau transfert de cargaison, deux mille tonnes passent de la cuve cinq tribord vers les une et trois centrales .Sous la lumière blafarde des projecteurs de pont une tâche apparaît, anormale .Il fait nuit ,l’officier de quart ne peut pousser plus loin ses investigations ,la mer trop forte n’autorise pas d’inspection directement sur le pont .Il signale cette tâche au moment de la relève, mais les conditions n’ont pas changé.

              Le second ne « sent » pas son navire ,il a l’habitude et de l’expérience ,changement de cap pour soulager la structure .En effet, je suis un vieux comme je le disais plus haut vingt cinq ans , construit au Japon ,j’ai connu plusieurs armateurs plus ou moins soigneux .Quand les taux de fret sont élevés pas le temps de s’arréter pour une visite technique, à la baisse, il faut tourner au maximum pour rentabiliser .L’équipage, officiers Grecs et personnel d’exécution Philippin m’aime bien je suis confortable.

             Bien que la structure soit soulagée, mon comportement n’est toujours pas normal a nouveau un transfert de cargaison s’impose pour équilibrer  et là stupeur !.sur les écrans à la salle de pompage la cuve n° cinq déjà allégée est pleine .Changement de cap ; en fuite, les projecteurs sont rallumés et une équipe conduite par le second inspecte le pont et  comprend tout de suite, une fissure court le long des cuves cinq et six sur trente mètres .Le commandant réveillé, envoie un message d’alerte. Nos sommes au large de la Corogne et faisons route pour nous mettre sous le vent du cap Finisterre.

             Le jour se lève, blafard, la mer, le vent ne faiblissent pas ,je perds du fuel au niveau de la fissure l’eau s’y engouffre. Un avion, puis deux me survolent, les VHF crachent leurs mots, les fax vomissent du papier noirci .Interdiction formelle de s’approcher de l’Espagne pour évaluer les réparations ou même m’alléger en transférant le chargement dans un autre confrère .La France refuse tout aussi catégoriquement mais propose une assistance technique ??.Nouveau changement de cap pour obéir aux injonctions, les vagues reviennent à l’assaut impitoyables .Que faire de plus ? Les officiers se réunissent ,en dehors de cette fissure

tout fonctionne , propulsion ,appareil à gouverner .Le commandant prévient l’Espagne ,il fait route pour alléger et réparer avec autorisation de son armateur. Silence sur les ondes .Dans quelques heures je serai à l’abri.

             Une autre tempête se lève , très dangereuse .Des mots, un ouragan de  mots assassins tous plus incisifs les uns  que les autres sans répit .L’INFORMATION.Ces flèches empoisonnées font mouche au près du public. Les « experts »les professionnels du caquetage savent, il fallait, il faut, la politique et ses représentants  s’y mettent, ils savent eux aussi. Des voyous, bandits… me visent implicitement .Dans un journal télévisé ceux qui savent font même passer un roulier et un porte-conteneurs pour un pétrolier mais l’audience est là !.

              Pendant ce temps à allure réduite, j’avance vers ce que je pense ètre un havre. Sur l’horizon un bateau gris se dessine,  ordre de stopper !? .Des remorqueurs vont m’assister .En effet quelques heures après  ils se présentent pendant qu’un groupe de commandos  passe les remorques d’autorité et  direction le large !!. Le commandant proteste, rien n’y fait, la mer  qui m’a porté toutes ces années va m’achever  sur ordre  des terriens .Direction le Maroc, à bord personne ne comprend cette décision prise en dépit du bon sens .Une journée, deux , trois  passent au milieu des deux tempêtes qui semblent se conjuguer  contre moi. Mais c’est en direct  sous les commentaires de ceux qui savent et qui parlent sans connaître.

             Je craque de partout, je ne veux pas couler, la machine réponds toujours et avec les remorqueurs ,je suis sur de rallier un abri et vider les cuves. Les terriens auront-ils un peu de bon sens ?. Des voix se font entendre faiblement au milieu du tintamarre médiatique .Des inconnus osent prétendre qu’il est possible de me sauver .Mais non je suis écarté des côtes cap au sud , la fuite n’est pas colmatée et ne le sera pas en mer .Me raidir de toutes mes forces, mais nous sommes au cinquième jour d’errance et la force décline peu à peu.

           A l’aube du sixième jour ,je sens la fin proche il me manque quarante mètres de bordé , les cuves déversent leur contenu qui ira quand même salir les précieuses plages .Je ne  veux pas mourir comme ça loin de tout, mais ,les goussets et les raidisseurs lâchent un a un .Je plie.

Les remorqueurs partent .Un hélicoptère  arrive  treuille  l’équipage ,certains pleurent .Un dernier regard du commandant  et de ceux qui sont contre un hublot ,  émus . Je casse en deux et coule par trois mille cinq cents mètres de fond.

          

 Post mortem.

 

            Moi vieux pétrolier au  pavillon de complaisance j’ai tenu six jours dans une mer forte avec quarante mètres de bordé en moins c’est peut ètre que je n’étais pas aussi pourri qu’on a bien voulu le proclamer.

             Les terriens  hurlent crient, gémissent, pleurent de voir la mer souillée .tous avaient dit « plus jamais ça », parlé lancé des commissions  des « paquets Erika », des nouveaux règlements encore parlé des zones refuges .Décharge-t-on un pétrolier comme un porte-conteneurs ?? repoussé les "routes" de navigations à deux cents miles des côtes là ou aucun hélicoptère n’ira secourir un marin.
              Ces terriens ont pris la décision de m’éloigner ,cette décision ,ils ne l’assument pas , aussitôt à terre le commandant à été jeté en prison un an comme son confrère de malheur en France ,il est maintenant assigné a résidence, le reste de l’équipage à été expulsé. Peu à peu les professionnels les experts se sont tus , les médias pour soigner leur audience ont trouvé des sujets porteurs.

  

EG

 

         Depuis,  un pétrolier double coque a explosé,  un mort ,mais les plages n’ont pas été salies ,un autre s’est cassé en deux , un supply  à coulé récemment onze morts tout l’équipage ,d’autres navires ont été attaqués par des pirates qui tuent ,prennent des officiers ou des équipages en otage. Un porte conteneurs s’est échoué sur le Cap des Aiguilles avec cinquante six tonnes  de dioxyde d’uranium .  Mais terriens vous ne le saviez pas ? C’est loin ? Pas toujours  .Les plages restent propres .OUF !!

 

E G  ST Briac février 04